Séminaire « Partimento »

Séminaire animé par Ewald Demeyere, les jeudi 23 mai et 6 juin 2019 de 9h30 à 13h, Académie de Saint-Gilles, 16, rue de Neufchâtel, 1060 Saint-Gilles

Comment les compositeurs du 18e siècle parvenaient-ils à produire si aisément une telle quantité de bonne musique ? Voici une question à laquelle nous pouvons enfin donner une réponse concrète. Demeurée jusqu’il y a peu de temps assez obscure, une pédagogie particulière dite partimento a été mise au jour par de récentes recherches et s’est révélée à l’origine du métier de compositeur. Cet entrainement, qui devait dès le départ mener à l’improvisation et à la composition, se faisait exclusivement au clavier, et était basé sur l’apprentissage de schémas, de formules que l’élève apprenait à reconnaître et à réaliser à vue. Giorgio Sanguinetti définit le partimento comme « une esquisse, écrite sur une portée, dont le but principal est d’être un guide pour l’improvisation d’une composition pour clavier (1) Giorgio Sanguinetti, The Art of Partimento — History, Theory, and Practice. Oxford University Press, 2012, p. 14. ».
Un élève en partimento devait étudier un grand nombre de partimenti qu’il notait dans un carnet nommé zibaldone. Bien que cet enseignement était principalement basé sur une tradition orale, plusieurs zibaldoni contiennent également des règles et certains maestri ont publié leurs regole (2)Voir par exemple Regole musicale de Fenaroli, qui a été imprimé cinq fois au cours de sa vie à Naples (1775, 1795, 1795, 1802 et 1814), et Partimenti e Regole generali de Giacomo Tritto (Milan, ca. 1816).. Ces deux types de sources fournissent des informations essentielles sur la syntaxe musicale de l’époque. Les règles qui y sont présentées relèvent toujours de quatre catégories, qui étaient enseignées plus ou moins progressivement : cadences, règle de l’octave, modulations, retards et moti. Cette dernière catégorie, comprenant des schémas de basse souvent sous forme de séquence, était particulièrement importante pour le compositeur et improvisateur. L’application des moti à une composition avait des conséquences capitales au niveau structurel, puisque qu’elle menait à la réalisation de phrases entières basées sur des progressions harmoniques et des conduites de voix standardisées.
Puisqu’elle était destinée à l’éducation musicale des enfants, la pédagogie du partimento reste un outil indispensable à l’apprentissage du langage tonal et devrait retrouver une place centrale dans l’enseignement musical actuel, tant en académie qu’au conservatoire.